Thursday, July 9, 2026

Samaqua

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Fête du Canada 2026 (en 8 jours du 26 juin au 3 juillet, incluant un jour de "congé")

Débit: bas (La Mistassini a baissé de 170 m3/s à 120 m3/s). 200 m3/s serait préférable comme minimum.

Parcours: 121.5 kilomètres, depuis l'affluent issu du lac de tête (au pont) jusqu'à la Mistassini (sortie 5 kilomètres après l'embouchure de la Samaqua)

Classe: EV (1)

Portage: aucun. Halage occasionnel en cas de niveau bas.

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La Samaqua, dont on voit l'embouchure à la jonction avec la grande rivière Mistassini, m'interpelait depuis un certain temps. Son nom veut dire "aplatie" ou "écrasée" en innu apparemment. La carte disponible sur cartespleinair.org datant de quelques décennies et n'indiquant aucun site et pratiquement aucun rapide. Je me disais que ce manque de détail recelait quelque chose. Je me lance donc ici dans un relevé dithyrambique au sujet de cette rivière méconnue.

Nos amis Val et André étaient partants pour se joindre à nous avec leur chienne Comète. En cette période de fin juin, et ce malgré l'abondance anticipée de mouches, la Samaqua nous est apparue comme un choix intéressant vu qu'un document de 2011 sur le potentiel des rivières de la MRC de Maria-Chapdelaine suggérait d'y aller avant l'étiage.

J'avais contacté Dan de l'institut de kayak Ho'omau pour le service de navette et nous sommes donc montés au put-in dans son camion avec les 2 canots sur le toit par le rang St-Joseph Nord pour la majeure partie du trajet. Le take-out était pour sa part bien indiqué sur les cartes de la Mistassini (situé au km 71 de la rivière), situé 15 km passé Girardville au niveau de l'entreprise de foresterie Resolute. On peut y laisser les autos sans problème pour la semaine.

Nous avons quitté le rang St-Joseph Nord au pont 12 km avant celui de l'image ci-dessous mais je pense qu'il vaut mieux pousser jusqu'au pont suivant (km 77.5 depuis Resolute), et passer au nord du lac Kanushemuakushkatsh pour rester sur un chemin plus carrossable.


Nous étions donc au put-in du pont (au km 122 de la rivière) avant 10h du matin, prêts à débuter la découverte.


Les mouches étaient très raisonnables et commençaient juste à devenir tannantes quand nous avons pu décoller une fois chargés. Sur l'eau, c'est devenu tout de suite plus plaisant et la longue section d'eau vive sur une dizaine de kilomètres nous a comblé en cette première journée. Côté niveau d'eau, c'était suffisant mais un peu plus n'aurait pas fait de mal. Je ne remarque pas de trace de peinture sur les roches ce qui indique que la rivière n'est pas canotée très souvent selon moi.


On s'arrête tôt et on monte le camp alors qu'un orage menace. Les bibittes sont là et l'abri moustiquaire n'en mène pas large avec le fort vent. On sécurise d'avantage nos poteaux, piquets et cordes et on passe à travers sans que la pluie ne se décide vraiment à nous tomber dessus. Au moment du souper, les insectes se sont réfugiés et on se pense bien tranquille en dehors de l'abri et sans nos filets. C'est alors qu'une bonne partie du souper smoked meat échappe de justesse à une perte certaine quand Comète, prise dans son filet, dégringole de sa chaise quasiment directement dans le plat. Le filet était pourtant une belle invention pour envelopper la chienne sur sa chaise et la protéger, elle aussi, des mouches.


Alors qu'on figurait comment monter l'abri avec sa bâche par-dessus (technique éprouvée ce soir-là qui sera répétée tous les soirs suivants), les mouches noires et autres insectes insupportables s'en étaient donné à cœur joie en me dévorant une oreille qui n'a repris sa forme normale que le surlendemain.


Le lendemain, un bon petit vent chassait les mouches. Ce vent a d'ailleurs été assez présent pendant toute l'expédition et on s'en félicite. En contrebas d'un des rares chalets, jouqué sur un promontoire comme la plupart, on a vu une chouette des marais décoller proche de nous. Dans la section de méandres qui va durer 30 kilomètres, le courant est faible avec une meilleure profondeur. On peut donc sortir nos pagaies de lac et admirer les premières falaises de sable. Il y a moins d'options pour un site de campement alors on pousse un peu plus loin et on fait une vingtaine de kilomètres en ce 2ème jour.


On finit par élire domicile sur une petite plage juste assez grande pour nos deux tentes et notre abri. Il n'y a plus de roches pour les ancrages mais le vent s'est calmé en cette fin de journée. On écoute un martin pêcheur répéter avec insistance son cri de dissuasion et parfois rentrer dans son nid, un trou creusé dans la falaise de sable. En soirée, comme pour lui donner raison, un castor mécontent frappe l'eau fréquemment indiquant qu'on est clairement des intrus en ces lieux. Comète le regarde sans japper, subjuguée par son attitude peu accueillante.


La 3ème journée, on est encore dans la section de méandre avec quelques plages éparses sur lesquelles on observe régulièrement des traces d'orignaux. On trouve un joli spot pour le midi et il fait bien chaud ce jour-là. On s'adonne donc encore plus à notre sport national de canoteurs: la baignade. Rendus au kilomètre 80 sur la rivière, on s'arrête pour la nuit; le sable est vraiment chaud et le temps tourne à l'orage. Au coucher, qui a lieu assez tôt alors qu'il fait encore clair, on invente une nouvelle façon d'utiliser notre sac à viande (liner) en y insérant notre matelas de sol afin d'avoir juste un drap dessous bien tendu sur lequel on s'allonge en dehors du sac de couchage pour une bonne partie de la nuit. Les grondements du tonnerre résonnent dans la vallée alors que l'on rejoint le sommeil.

Le déjeuner de semoule chocolat et poire concoctée par Valérie est délicieux et c'est bien reposés par la nuit qu'on débute notre 4ème journée sur la rivière. Ce n'est plus méandreux et les lignes droites assez venteuses ralentissent un peu notre progression. On remonte un affluent sur 650 mètres et on trouve une petite plage pour le diner. Comète se prend pour un poisson et cherche à attraper mon leurre avant ceux-ci... Elle s'est mise à la baignade, comme André d'ailleurs, donc la pêche sportive porte bien son nom car notre petite amie canine vient ajouter un degré de difficulté supplémentaire à la pratique.


On poursuit ensuite jusqu'à un pont, assez récent, au kilomètre 66. Ce ne serait pas une mise à l'eau pratique car les berges sont très hautes et on ne voit pas de chemin. Après, on voit plusieurs chalets rive gauche et on entend un site de travail (coupe forestière?) dans les environs. On s'arrête un peu plus loin, après les chalets et en face d'une cache, sur la très grande plage d'un beau fer à cheval. C'est vraiment inattendu de trouver un si beau spot car les bons sites semblaient se raréfier depuis environ 48 heures. On décide de rester sur place le lendemain et passer deux nuits dans ce premier GA.


Le lendemain, on occupe notre journée de congé de canot à se baigner, lire, tester ou réparer l'équipement, cuisiner, défricher un court sentier vers le bois, observer les fleurs, les hirondelles et les canards. On écoute aussi les parulines chanter en les identifiant à l'aide de Merlin (à collier, flamboyante, obscure, des ruisseaux, à joues grises, à tête cendrée, à croupion jaune, masquée, du Canada, jaune, à flancs marrons) Il y a un bras mort en face qui permet une courte balade en canot et la baignade dans le courant le long de la plage est aussi très plaisante. On apprend aussi à utiliser efficacement le batte-feu en ferrocérium.

Le ciel un peu voilé semble révéler la présence d'un feu de forêt dans la région. On apprendra plus tard que la foudre en a déclenché un gros feu une petite centaine de kilomètres à l'ouest. Des fermetures de routes et interdictions de feu à ciel ouvert ont aussi été déclarées alors qu'on était déjà dans le bois.

Après avoir quitté notre beau site la 6ème journée, le vent se lève dans une section ouverte en ligne droite et ma serviette placée derrière moi s'envole et disparait dans les flots sans que je le remarque. Ça me met en maudit et tout ce que je trouve à penser est d'espérer que quelqu'un la trouve un jour et l'adopte. À un moment donné, une bourrasque sortie de nulle part nous fait reculer et nous décale violement vers la berge. 

Plus tard le vent retombe et la rivière change aussi de caractère avec une autre belle section de méandres avec eau vive et quelques passages gratte cailloux. La rivière a baissé chaque jour sauf un des premiers matins de l'expé ou elle avait remonté un peu. Elle redevient plus profonde ensuite et de belles roches et falaises font leur apparition. La chaleur s'installe aussi et on cherche l'ombre, Adrienne et moi.


À cet endroit, après 25 kilomètres parcourus ce jour-là, il y a une coupe récente sur la rive gauche. André et Valérie, un peu à l'affut car la journée avance, nous dégotent un beau site juste après la coupe aux environs du kilomètre 39 sur la rivière. C'est sur la berge surélevée de quelques mètres, en bordure d'un boisé. L'accès n'est donc pas super évident mais ça fait changement de nos sites précédents, ouverts et sablonneux. Un sentier avec une gélinotte et son petit et des beaux sabots de la vierge (Cypripède royal) longe la rivière vers l'aval, et au bout on trouve une plage ou se baigner par cette autre journée ou la chaleur a été assez accablante. On voit une trace d'ours sur la plage.


C'est aussi le site ou l'un des 3 courts R1 de l'expédition se trouve. André va pêcher en fin d'après-midi et ramène un gros brochet qu'on s'est ensuite fait un plaisir de déguster en entrée. On s'est régalé lors de cette expédition avec les oeufs McMuffin, du dahl, de la bannique, des crêpes, du risotto (André a trouvé un cèpe d'Amérique!), des salades de pâtes et couscous, des soupes, du spaghetti, du chili et j'en passe.


Le 7ème jour, un jeudi, on croise une indication pour une auberge et on entend une personne couper du bois. Certaines sections plus larges demandent une bonne analyse des meilleures veines pour éviter de s'échouer. L'eau dans laquelle on continue de se baigner régulièrement est beaucoup moins froide qu'elle ne l'était en début d'expédition une semaine plus tôt, sans doute grâce au temps chaud combiné au fait d'avoir parcouru une centaine de kilomètres peu profonds et tranquilles. Notre dernier soir se passe au kilomètre 18 de la rivière après avoir parcouru une bonne vingtaine de kilomètres. 

On pensait avoir une huitième nuit mais on s'est finalement rendu jusqu'au take-out le vendredi, faute de trouver un bon site. Ce fût une expédition particulièrement relaxante et scénique; une belle découverte qui a surpassé nos attentes.

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